martes, 16 de septiembre de 2014

La réalité


Mientras esperamos las traducciones al español y/o inglés del último Boletín Global Europeo de Anticipación Política, del Laboratorio Europeo de Anticipación Política, reproducimos acá la declaración pública correspondiente (Boletín N°87, del 15 de Septiembre (http://www.leap2020.eu/GEAB-87-est-disponible--Il-avait-ete-une-fois-l-Amerique_a16838.html). El número está dedicado a brindar al lector europeo un panorama "...clair, brutal et sans complaisance sur la réalité économique, financière, politique et sociale des États-Unis et des Américains". Pasen y vean:

Título: GEAB 87 est disponible ! Il avait été une fois l'Amérique

Texto: Le déclin des États-Unis, nous l’avons déjà maintes fois analysé, écrit, confirmé. Et pourtant, à la vue de la couverture médiatique actuelle d’une Amérique qui aurait retrouvé sa santé économique [1], un marché de l’emploi florissant [2], son rôle de modèle pour l’Europe (et le monde) [3], un avenir énergétique en rose [4], une énième fois s’impose de présenter à nos lecteurs un regard clair, brutal et sans complaisance sur la réalité économique, financière, politique et sociale des États-Unis et des Américains. A l’obstination des propagandistes américanistes, il faut opposer une endurance équivalente.

Certes, les bourses flambent, mais cela n’est point un indicateur d’une société et d'une économie qui seraient sorties par le haut de la crise. Les taux record ne sont autres que les effets de la politique monétaire de l`argent facile pratiquée par la Fed et l’impasse dans laquelle sont les investisseurs qui ne trouvent pas d’autres placements que les actions d’entreprises déjà surévaluées et les valeurs factices de la finance innovatrice. Les États-Unis s’autodétruisent et détruisent le monde en passant. Les dieux aveuglent ceux qu’ils veulent perdre. Et aveugles au regard de la réalité du monde, les Américains le sont effectivement. L’hybris, l’orgueil démesuré d’un pays qui se considère God’s own country, le pays choisi, number one en tout, héraut de toutes les valeurs de l’humanité, est en train d’entraîner les États-Unis dans les abysses.

Une superpuissance détruite par son hybris – et qui détruit le monde

Au Moyen Orient, la politique américaine a laissé derrière elle un chaos géopolitique gigantesque, pratiquement sans équivalent dans l’histoire du monde dans la mesure où toute une région se trouve à feu et à sang sans le moindre espoir qu’une force stabilisatrice puisse émerger. Le chaos risque de durer pour longtemps. Après 13 années de guerre contre le terrorisme, les États-Unis ont fini par permettre à un groupe islamique fanatique et cruel de s’installer durablement dans une région qui regorge suffisamment de ressources pour le financer et de le rendre au fur et à mesure plus puissant. En combattant le terrorisme, les États-Unis l’ont rendu plus puissant que jamais [5]. Il faut se rappeler l’objectif que les États-Unis s’étaient fixés en envahissant l’Irak : Ils voulaient transformer la région depuis le Maroc jusqu’au Pakistan, depuis la Turquie jusqu'au Yémen, en états démocratiques, séculaires, dotés d'un bon niveau d’éducation et d’opportunités économiques [6]. Etant donnée la situation aujourd'hui, la relecture de ce plan initial [7], tel qu'il avait été présenté par les néo-conservateurs à l’époque, laisse perplexe devant un tel degré de naïveté et d’obstination à vouloir écarter toute part de réalité qui ne s’accommodait pas à l'époque avec le monde comme ils voulaient qu’il soit. Et la presse américaine marchait au pas [8], même si le New York Times s'était plus tard excusé de ne pas avoir fait son travail de presse indépendante en amont de l’invasion de l’Irak [9].

Non contents d’avoir déstabilisé le Moyen Orient, les États-Unis s’efforcent aujourd’hui de déstabiliser l’Europe dans une région qui, après la chute du Mur de Berlin avait retrouvé une paix stable et sereine sur un terrain de tous les dangers. La crise ukrainienne trouve sa cause dans une politique américaine 2.0 d’un endiguement de la Russie (containement policy) qui, elle, trouve son point de départ et son inspiration dans le fameux «long telegram » de George Kennan du 22 février 1946 [10] (!) dans lequel le diplomate en poste à Moscou faisait part de sa conviction qu’une paix avec la Russie était à long terme impossible, que la Russie ne chercherait toujours qu'à accroître sa puissance et son territoire et qu’il était donc nécessaire de mener une politique d’endiguement permanent. Il serait profondément troublant si les personnes au pouvoir à Washington étaient incapables de saisir la différence entre une Union soviétique sous Staline et la Russie d’aujourd’hui sous Poutine, considérablement affaiblie par la chute de son État précédent, la perte de 22% de de son territoire, de 50% de sa population et de son réseau d’États satellites (qui sont tous passés dans le camp occidental), économiquement hypothéquée par le programme économique réformateur du FMI (d’inspiration américaine), qui a fait gaspiller au pays ses richesses nationales en les privatisant au profit d’une classe oligarchique naissante [11], et enfin encerclée par l’extension de l’alliance militaire adverse, l'OTAN, et celle du bloc économique européen jusqu’à l’intérieur de son ancien territoire (les pays baltes).

La capacité d’analyse et de compréhension des affaires du monde des responsables américains nous impressionnent en général fort peu, mais de là à imaginer que Washington ne connaîtrait pas la différence entre l’Union soviétique d’antan et la Russie d’aujourd’hui est un pas que nous ne franchirons pas. Cet objectif d’endiguement et essentiellement motivé économiquement: les responsables américains aspirent à ouvrir l’Ukraine aux produits américains, mettre la main sur son immense potentiel agricole [12] (à une époque où la spéculation sur les produits alimentaires s’enflamme [13]) et ses grandes entreprises [14] et ouvrir le marché européen d’énergie au gaz et pétrole de schiste américain [15].

Mais peu importe la véritable motivation : pour mener une politique d’endiguement, il faut avoir ou se donner les moyens. Ceci n'est pourtant pas ou plus le cas. Le ministre de la défense Chuck Hagel a présenté des propositions de réduction des dépenses militaires ce qui, selon USNews « transformera la défense américaine en une force pratiquement méconnaissable de son ancêtre ‘post cold war’ qui a dû supporter 13 ans de guerre au sol dans le Moyen Orient. ». Treize années de guerre, et quels piètres résultats : Afghanistan toujours déstabilisé [16], et toujours premier producteur d’opium au monde [17] ; un Irak où l’autorité régalienne du pouvoir central a implosé, la lutte contre un dictateur syrien, toujours au pouvoir qui a engendré un ennemi encore plus féroce, l’ISIS, que certains comparent même au terrible Gengis Khan [18] , et l’Iran promu au rang d’allié de fait dans la région [19]. Tout ce que les responsables américains ont entamé en treize ans s’est transformé en véritable catastrophe. Et les coûts sont en conséquence : Les États-Unis sont selon une étude des chercheurs d’Harvard [20] face à une facture de guerre contre l’Irak et l’Afghanistan qui s'élève entre 4 et 6 billions de Dollar (largement au dessus des dépenses du gouvernement fédéral de l’année fiscale 2014[21]), dont une part substantielle sont des dépenses courantes de soin et de soutien financier aux vétérans qui plomberont donc pour encore des longues années les comptes publics américains.

Les États-Unis depuis déjà de nombreuses années ne sont plus la superpuissance qui peut régler tous les problèmes par des campagnes militaires. D’abord du fait d'un déséquilibre entre ambitions et efforts consentis, ensuite par manque de moyens. Et comme la puissance globale des États-Unis a été construite sur sa puissance militaire, ils ne sont aujourd’hui que l’ombre de ce qu’ils étaient auparavant.

Si l’on n’a plus soi-même les moyens de ses ambitions, il faut trouver quelqu’un d’autre pour faire la besogne. Il est donc peu surprenant que le gouvernement américain ait redécouvert l’utilité de l’OTAN pour pousser ses pions à des fins économiques en Ukraine. Il met une considérable pression aux gouvernements des États membres de l’OTAN pour augmenter leur budget militaire, mais avec un succès plus que mitigé [22]. Car l’objectif de consacrer 2% du PIB aux dépenses militaires a été étalé jusqu’à 2024 ; décision que la ministre de la défense allemande a d’ailleurs relativisé dès le lendemain en la qualifiant d’une ‘simple déclaration d’intention’[23].

De même la décision de créer une force de frappe rapide de 3000 à 5000 soldats paraît dérisoire face à une armée russe de 1,15 million de soldats et 2 millions de réservistes aptes au combat [24]. La force de frappe serait munie d’un équipement léger, certainement avec l’idée géniale en tête que cela leur permettra d’esquiver plus facilement les 6500 chars de combat russes actifs [25]. En fait, depuis la fin de la guerre froide, l’armée russe s’est peu transformée, restant une armée de combat pour des vastes opérations au sol, contrairement aux armées des États-membres européens de l’OTAN qui ont réduit considérablement leurs effectifs et notamment le nombre de chars, estimant que les défis militaires étaient devenus d’une toute autre nature. Ainsi, entre 1989 et 2014, la France a réduit ses chars de combat de 1348 à 297 éléments [26], l’Allemagne de 2125 à 225 [27] et tous deux ont supprimé voire ‘suspendu’ le service militaire obligatoire. Enfin l’Amérique, 25 ans après la chute du Mur de Berlin, est militairement si peu présente en Europe, que toute idée d’une confrontation militaire avec la Russie paraît absolument incongrue [28].

Dans la confrontation avec la Russie, l’OTAN est comme l’abeille devant l’ours et engagée dans le chemin d’un échec programmé – quelle preuve absolue d’une perte incroyable du sens de réalité de la part des responsables américains ! Le coup d’état orchestré par les occidentaux a fait perdre au pouvoir central ukrainien sa légitimité par rapport à la population russophone et ainsi préparé le terrain pour une mainmise de la Russie sur cette partie de l’Ukraine, probablement dans la forme d’une large autonomie au sein d’une Ukraine fédérale et sous forte influence russe. Comme au Moyen Orient, la politique que le gouvernement américain a conduite, fondée sur la conviction de l’infaillibilité de ses stratégies et sa toute-puissance, a jeté une région dans le chaos et finira par renforcer les forces adverses aux États-Unis. […]


Notas:

[1] Par exemple: Figaro du 29/05/2013 - Croissance: Pourquoi les États-Unis décollent et pas l’Europe; Huffington Post du 01/02/2014 – La reprise égoïste des États-Unis fait trembler le monde; euronews du 29/07/2014 – La Fed se réuni en attendant des chiffres confirmant la reprise ; Süddeutsche Zeitung du 29/01/2014 – US- Notenbank will (wegen des Wirtschaftsaufschwungs) Anleihenkäufe weiter drosseln ;Die Zeit du 12/04/2013 – Amerikas neue industrielle Revolution ; Huffington Post du 10/03/2014 – The US Recovered Faster From The Recession Than Every Other Country But Germany ; USNews du 15/012014 – 5 Reasons Why 2014 Is Looking Good For The U.S. Economy .

[2] Par exemple: CNN Money du 04/06/2014 – U.S. soon to recover all jobs lost in crisis; Süddeutsche Zeitung du 12/05/2014 – Arbeitslosenquote fällt auf Niveau zur Lehman-Pleite; Der Spiegel du 15/07/2014 – Fed- Chefin Yellen deutet Zinserhöhung an – wenn die Arbeitslosigkeit weiter sinkt; rfi du 02/08/2014 - Aux États-Unis, la reprise du marché de l’emploi se poursuit ; Les Echos/Bourse du 07/06/2013 – La reprise du marché de l’emploi toujours fragile aux États-Unis .

[3] Par exemple: Die Wirtschaftswoche du 04/09/2014 – Zukunft der Weltwirtschaft hängt von Amerika ab; DerStandard.at du 20/12/2013 – US- Wirtschaft zieht an Europa vorbei; atlantico.fr du 18/06/2013 - États-Unis-Europe, le match des politiques économiques face à la crise : la réponse avec le graphique qui tue (ou pas ?) ; or, en matière de transition énergétique :DWN du 01/03/2014 et du 24/04/2014 en faveur du fracking.

[4] Business insider du 10/09/2013 ; USA Today du 23/10/2013;BBC du 02/04/2014 ; TheGuardian du 12/11/2012 ; Courrier international du 23/11/2011 ; La Croix du 15/05/2014 ;

[5] 5 ways the US Enabled the Radical Islamic State. Source : AlterNet du 07/09/2014

[6] Voir pour un rappel général: Institute of Policy Studies

[7] Cet article semble être le point zéro de cette politique de folie : Victor David Hanson, ‘Democracy in the Middle East’, paru le 22/10/2002 dans le Weekly Standard

[8] William Safire ‚Creeping Democracy‘, paru le 22/03/2004 dans le New York Times

[9] New York Times: We were wrong on Irak; source: The Guardian du 26/05/2004

[10] 22 february 1946: George Kennan sends ‚long telegram‘ to the state department

[11] Voir Libération du 28/08/1998

[12] Global research du 25/03/2014

[13] Le Monde du 13/09/2012 ; foodwatch du 07/07/2014 : Les spéculateurs de la faim

[14] Le fils du vice-président américain Joe Biden, Hunter Biden, obtient une très haute fonction à Burisma (producteur de gaz). Source : Der Spiegel du 14/05/2014

[15] Voir Student reporter du 30/07/2014

[16] “2014: Withdrawal continues and insurgency increases.” Wikipedia

[17] “Afghan opium production explodes despite billions spent’ says US report”. Source: The Guardian du 30/04/2014

[18] Source: Reuters du 20/07/2014

[19] Source: Washington Post du 19/06/2014

[20] Washington Post du 28/03/2013 : Study : Iraq, Afghanistan war costs to top 4 trillion

[21] Source: USGovernmentspending.com

[22] Voir FAZ du 05/09/2014

[23] Source: Badische Zeitung du 10/09/2014

[24] Source: Wikipédia

[25] Source: Wikipédia

[26] Sources: http://www.senat.fr/questions/base/1990/qSEQ900811332.html; wikipedia

[27] Source: Wikipedia


[28] Voir The New York Times du 26/03/2014 “Military Cuts Render NATO Less Formidable as Deterrent to Russia

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